08.12.2009

Vu à la télé: la messe de Copenhague

Dimanche soir, JT de 19h30 sur La Une: le journal s'ouvre sur la conférence de Copenhague, grand-messe de la société de croissance à la recherche de solutions à ses problèmes systémiques. Le ton se veut optimiste, les chiffres rassurants. Dans un chapitre consacré au bilan de la conférence de Kyoto de 1992, le journaliste peut ainsi annoncer, graphique à l'appui, que si les émissions mondiales de CO2 ont continué à augmenter c'est principalement dû à une poignée de mauvais élèves: les pays producteurs de pétrole, l'Australie, les Etats-Unis. A l'inverse, l'Europe a globalement réduit ses émissions grâce à des politiques volontaristes de réduction des émissions de GES mises en place depuis plusieurs années. Cocorico, c'est donc possible! La société de consommation peut trouver des solutions, le productivisme est éco-compatible!
L'effet euphorisant de cette merveilleuse nouvelle ne peut cependant empêcher un horrible doute de naître dans mon esprit: depuis 1992, combien d'entreprises se sont-elles délocalisées dans des pays extra-européens, exportant leurs émissions de CO2 avec leurs productions pour ramener celles-ci dans nos magasins à grand renfort de transports polluants? Il me semble que ces émissions-là devraient être prises en compte dans le calcul, non? C'est d'ailleurs sûrement le cas, c'est l'évidence même! J'ai vraiment l'esprit mal tourné, je devrais me faire soigner.
Pour en avoir le coeur net, j'ai quand même envoyé un petit mail au service médiation de la RTBF:

copenhague"Dans le sujet consacré au bilan de Kyoto, vous avez montré un graphique sur lequel plusieurs pays européens apparaissaient comme ayant réduit leurs émissions de CO2 depuis 1992.
Pouvez-vous me dire si les émissions de CO2 produites par les entreprises qui se sont délocalisées hors Europe depuis cette date ont été comptabilisées, ainsi que les émissions de CO2 dues au transport des marchandises produites par ces mêmes entreprises pour être écoulées en Europe?

Au cas où il vous serait impossible de répondre à ma question, pouvez-vous me donner la source du graphique en question?"


J'espère qu'ils vont vite me rassurer, ou au moins me permettre de faire moi-même les vérifications à la place du journaliste.

Lundi soir sur Euronews, même sujet. Les images de la cérémonie d'ouverture amènent à se demander de quelles réjouissances on fête l'inauguration, ou si un accord miracle est intervenu entre tous les pays avant même le début des négociations. Mais non, c'est juste le démarrage d'une semaine de marchandages entre des responsables politiques qui savent déjà qu'ils ne pourront rédiger aucun texte contraignant d'ici la fin de la semaine. Suivent d'autres chiffres, tout aussi impressionnants que ceux vus sur la RTBF, mais qui ont trait cette fois aux réductions d'émissions de GES qu'une série de pays se déclare prêt à consentir d'ici 2020. Ces chiffres varient pour la plupart entre 20 et 28% (avec un minable petit 3% pour le Canada quand même): pas mal, pas mal du tout! Mais qu'a dit le journaliste au début de l'énoncé? Un truc bizarre, du genre: "pour chaque point du PIB". Oui, c'est bien ça: les chiffres annoncés pour chaque pays sont donc à mettre en relation avec leur PIB. Et alors?
Alors, petit calcul rapide: dans notre société de croissance, le PIB croît, sinon c'est que ca va mal. Une croissance de 2% est même considérée comme médiocre, à peine créatrice d'emplois et insuffisante à long terme pour garder le haut du pavé. Mais une croissance de 2% sur 11 ans, cela nous amène à 24,3% de croissance entre 2009 et 2020, soit de quoi ramener les chiffres de réduction des émissions de GES à... zéro, en termes absolus.

La grand-messe est lancée, et l'important c'est que l'image d'une croissance vertueuse s'impose dans l'esprit du citoyen. Consommez, braves gens, mais prenez soin de trier vos déchets et d'éteindre les lumières en sortant. Pour le reste, le Marché se charge de trouver les solutions.

00:20 Écrit par LeScribe dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ecologie, medias |  Facebook |

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