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| A visiter: le projet d'un couple qui a rompu avec la société de consommation |
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| Espace de résistance aux sommations de consommation |
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14-10-2006 |
Rencontre matinale |
Sept heures trente hier matin, ma compagne sort de chez nous pour se rendre au boulot, encore dans les vapes d'une nuit trop courte. "Madame, je peux vous poser une question?" C'est le voisin militaire. (A ceux qui auraient raté les épisodes précédents, je conseille de cliquer sur le tag "voisinage" avant de poursuivre la lecture de ce post). "Heu oui, bonjour Monsieur." "C'est quoi dans la cage de votre fille? (la chambre de ma belle-fille est au demi sous-sol côté rue, ce qui donne aux passants une vue plongeante sur la cage de son hamster.) Une souris ou un hamster?" "Pardon? Ah! La cage, oui, oui, c'est un hamster, pourquoi?" "Parce que ma fille vient de perdre son hamster, on a tout un stock de graines à la maison, je vous les donnerai." "Hé bien merci beaucoup monsieur, bonne journée." Dans le tram, ma compagne s'est repassée en boucle cet accostage matinal. Parler de hamsters sur le mode militaire, ça a un petit côté décalé qui ne manque pas de saveur.
14-10-2006, 18:56:07 LeScribe
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06-10-2006 |
Les voisins - chapitre 3 |
Avant d'en arriver à l'anecdote qui m'a poussé à vous parler de mes voisins, je voudrais préciser que les sentiments qu'ils m'inspirent sont plus proches de l'amusement que de la réprobation. Est-ce parce qu'ils sont déjà d'un autre temps, engoncés dans des attitudes défensives face à un monde qui a trop vite bougé pour eux? Je les considère plutôt inoffensifs, et plus maladroits que méchants. L'anecdote qui suit est éclairante à cet égard.
C'était il y a quelques jours à peine. Je croise Madame (la fille de ma voisine) en rentrant chez moi. "Dites Monsieur, j'ai quelque chose à vous dire." Je dois avouer que pendant deux secondes je me suis demandé ce que j'avais bien pu faire de travers. "Je ne voudrais pas que vous pensiez que les crottes de chien sur le trottoir, c'est nous." Elle voulait dire leur chien, évidemment. j'ai vite chassé de mon esprit l'image de mes voisins en train de faire leur crotte sur le trottoir afin de pouvoir lui assurer avec tout le sérieux voulu que je n'avais jamais pensé une chose pareille. "Je vous assure qu'on fait attention. Mais il y a des gens qui s'en fichent et qui laissent leur chien faire n'importe où." Je lui ai encore répété que jamais je ne les soupçonnerais d'un tel incivisme. S'en est suivi un échange de considérations sur la saleté dans les rues, qui ne me plaît pas plus qu'à elle, et sur le comportement des gens. "Et si on leur fait une remarque, ils le prennent mal! C'est comme notre voisine" (l'autre côté de chez eux) "l'autre jour en sortant de chez elle, elle s'est débarrassée de son mouchoir en papier en le jetant sur le trottoir. On a eu le malheur de lui faire une remarque et depuis elle ne nous parle plus." Evidemment, si la "remarque" était du style de celle qu'elle avait faite à l'automobiliste bruyant, je peux comprendre que sa voisine se soit enfermée dans le mutisme. Mais j'ai gardé cette pensée pour moi et je lui ai souhaité une bonne soirée.
C'est étonnant de voir combien il est difficile, voir impossible pour beaucoup de gens d'exprimer un désaccord sans verser illico dans l'agressivité. Le résultat est évidemment contre-productif, allant de l'incompréhension au rejet. Alors que quelques phrases échangées calmement, en prenant le temps d'écouter ce que l'autre a à répondre, peuvent souvent arranger les choses en préservant les relations de bon voisinage. Ce n'est pas toujours vrai, bien sûr. Mais ça ne coûte rien d'essayer.
06-10-2006, 00:00:39 LeScribe
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04-10-2006 |
Les voisins - chapitre 2 |
Le fait que je n'aie pas de voiture et que je me déplace à vélo ou en scooter doit aussi contribuer à me rendre suspect aux yeux de Monsieur, que j'appelle ainsi pour la clarté de la narration. L'année passée, à la fin du dimanche sans voiture, il a dit à mes voisins d'en face tout le mal qu'il pensait de cette manifestation liberticide. Nous, on venait de passer une super journée à se balader à vélo sous un beau soleil, et on profitait des derniers instants de calme à regarder les enfants jouer dans la rue. On n'a eu aucun mal à garder notre sourire. Mais j'ai un peu plus réalisé ce jour-là qu'on ne partageait pas la même conception de la liberté, lui et moi.
Un jour j'ai surpris une conversation en cours entre Monsieur et mon voisin de l'autre côté, dont la marotte est de faire rouler le plus longtemps possible des voitures qui aspirent à un repos bien mérité. (Il est à remarquer que Monsieur est souvent dehors et qu'il parle volontiers avec le voisinage, excepté avec moi.) Celui-ci lui narrait l'accrochage verbal qu'il avait eu avec un indélicat qui avait laissé sa voiture devant son entrée de garage et qui, plutôt que de s'en excuser, l'avait pris de haut. J'ai compris que l'indélicat devait avoir un physique typé quand mon voisin ex-militaire s'est exclamé "Tous des bougnoules! Je les ai connus moi, en Afrique! Tous des bougnoules!" Monsieur a donc dû faire l'Afrique avec son régiment, et n'en est pas revenu en chantant l'Internationale.
 Un dimanche, notre fin d'après-midi fut perturbée par des bruits répétés de moteur. La nuisance ayant tendance à se prolonger, je finis par jeter un oeil par la fenêtre et je vis une voiture garée devant chez nous, occupée par un homme qui semblait tester l'état de son moteur à grands coups d'accélérateur. Précisons ici que j'habite une rue relativement calme, où ce genre de choses se remarque aisément. J'envisageais de sortir pour lui demander calmement d'abréger ses essais, quand j'entendis des éclats de voix suivis de l'apparition de mes voisins. Plus exactement, la fille de ma voisine est entrée la première dans mon champ de vision, suivie de près par son mari. Je n'ai pas encore vraiment décrit la fille de ma voisine. On dirait un copié-collé de sa mère, avec vingt ans de moins et des cheveux noirs en plus. Elle ne me boude pas comme son mari et semble moins prête à bondir au garde-à-vous, heureusement pour elle. Mais quand elle s'énerve on n'entend plus qu'elle. Elle est tombée sur le râble de l'essayiste sans sommation, avec une engueulade qui n'a laissé à sa cible aucune chance de répartie. Son mari a essayé de surenchérir mais après avoir réussi à glisser trois mots il s'est contenté d'assurer la position par sa présence physique. Lorsqu'il sont rentrés chez eux, l'aventurier malgré lui est resté un bon moment le regard fixé sur leur porte d'entrée, à essayer de comprendre ce qui venait de lui arriver. Son moteur avait calé, faute de stimulation. Après avoir repris ses esprits il l'a remis en route, ce qui a provoqué illico la réapparition de mes voisins mais il a eu le temps de démarrer et de disparaître avant d'essuyer le deuxième tir groupé. (à suivre)
04-10-2006, 23:53:05 LeScribe
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03-10-2006 |
Les voisins - chapitre 1 |
Il faut que je vous parle de mes voisins. D'abord, il y a la mère, une petite dame aux cheveux blancs, ronde sans être obèse. Elle a un petit chien dont l'âge à son échelle de chien doit concurrencer celui de sa maîtresse, et qui n'aboie qu'à l'intérieur de la maison, évitant ainsi de casser les oreilles du voisinage. Ensuite, il y a la fille, qui a préféré réintégrer la maison parentale plutôt que d'envoyer sa génitrice dans un home quelconque, ce qui est plutôt bien. Elle est arrivée il y a quatre ou cinq ans, accompagnée de son mari qui la dépasse de deux têtes. Mâchoire carrée et carrure avantageuse, il porte beau pour son âge. C'est un ancien para-commando, aujourd'hui à la retraite, qu'on n'a pas de mal à imaginer le crâne rasé vu qu'il n'a plus un poil sur la tête. Peu de temps après qu'ils se soient installés, un chat a voulu squatter leur habitation. J'avais déjà pu constater que Monsieur aimait les bêtes, à la façon dont il semblait prendre plaisir à promener le chien de sa belle-mère. Cela s'est confirmé avec le chat, que la famille a dû mettre à la porte à contrecoeur. Pour se déculpabiliser Monsieur a entrepris de mettre tous les soirs devant sa porte un peu de nourriture dans une barquette en aluminium, mais évidemment cela n'incitait pas le chat à s'éloigner. Il a alors eu l'idée de mettre la barquette un peu plus loin, c'est-à-dire devant ma porte. Après trois jours je suis allé sonner chez lui pour lui demander de trouver un autre endroit où placer sa gamelle. L'entrée de mon logis a beau se faire par une ancienne remise, cela reste mon entrée de maison, et je ne trouvais pas folichon de voir traîner une barquette en alu devant chez moi. C'est ce que j'ai gentiment expliqué à la maman qui m'a ouvert, et le message est passé puisque pendant quelques jours mon pas de porte est resté vierge de toute pitance.
Un soir pourtant, une nouvelle barquette réoccupait les lieux. Supposant logiquement connaître l'auteur du méfait, je l'ai aussitôt déposée devant chez lui, mais le soir même Monsieur sonnait à ma porte pour m'expliquer, d'un ton retenu mais qui laissait percer une pointe d'agressivité, que je m'étais trompé en le supposant propriétaire de l'objet. Je me suis excusé en lui assurant que je ne mettais pas sa parole en doute, et nous nous sommes quittés, me sembla-t-il, en assez bons termes. Pendant quelque temps nous ne nous sommes plus croisés, puis avec le printemps les promenades du chien ont repris de plus belle, et j'ai constaté avec étonnement que mes bonjours adressés à Monsieur avaient du mal à trouver un écho. J'ai insisté, me disant qu'il finirait bien par se dégeler, mais sans grand résultat. Il me répondait quand il ne pouvait pas faire autrement, et je le voyais parfois prendre prétexte d'un caprice de son chien pour s'arrêter à dix mètres, soudain captivé par le même poteau que lui. A cette époque, je n'avais pas encore eu vent de l'ancienne profession de mon voisin. C'est quand je l'ai appris que j'ai commencé à faire le rapprochement avec les affiches que je n'arrêtais pas de coller sur ma porte, pour annoncer telle manifestation anti-guerre ou tel événement organisé par Greenpeace. (à suivre)
03-10-2006, 23:22:12 LeScribe
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| Décolonisation de l'imaginaire |
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